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Les visites de la médecine du travail

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visites medecine du travail

Le suivi médical au travail intrigue autant qu’il rassure. Beaucoup de salariés associent encore la médecine du travail à un unique examen d’embauche, alors que le dispositif s’est profondément transformé depuis la loi Travail de 2016 et la loi Santé au travail du 2 août 2021. Les visites de la médecine du travail ne servent plus seulement à délivrer un avis d’aptitude : elles constituent un rendez-vous régulier de prévention, adapté au poste occupé, à l’âge du salarié et aux événements qui jalonnent une carrière. Comprendre qui doit passer quelle visite, à quel moment et avec quelles conséquences permet à l’employeur de sécuriser ses obligations et au salarié de faire valoir ses droits.

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Le suivi individuel de l’état de santé repose sur plusieurs types de visites, encadrées par le Code du travail.

Un service de prévention et de santé au travail, pas un simple contrôle

Depuis la loi du 2 août 2021, les anciens services de santé au travail sont devenus des services de prévention et de santé au travail (SPST). Le changement de nom traduit une évolution de fond : la mission première n’est plus de trier les salariés entre aptes et inaptes, mais d’éviter toute altération de la santé du fait du travail. Le médecin du travail y est épaulé par une équipe pluridisciplinaire.

Conséquence pratique : une partie des visites peut être réalisée par un infirmier en santé au travail et non par le médecin lui-même. Le salarié conserve, quant à lui, la possibilité de demander à tout moment un rendez-vous avec le médecin du travail, sans avoir à en informer son employeur ni à justifier sa demande.

Les visites de la médecine du travail à l’embauche

La règle générale est celle de la visite d’information et de prévention, la fameuse VIP. L’article R4624-10 du Code du travail prévoit que tout travailleur en bénéficie « dans un délai qui n’excède pas trois mois à compter de la prise effective du poste de travail ». Cette visite est individuelle. Elle a pour objet d’interroger le salarié sur son état de santé, de l’informer sur les risques liés à son poste, de le sensibiliser aux moyens de prévention et d’identifier si une orientation vers le médecin du travail s’impose. Elle ne débouche pas sur un avis d’aptitude, mais sur une attestation de suivi.

Les salariés affectés à des postes présentant des risques particuliers relèvent d’un régime distinct : le suivi individuel renforcé (SIR), prévu par l’article L4624-2. Ici, la visite est un véritable examen médical d’aptitude, réalisé par le médecin du travail, et il doit intervenir avant la prise de poste. Sont concernés, entre autres, les travailleurs exposés à l’amiante, au plomb, aux agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, aux rayonnements ionisants, ou encore ceux affectés à un poste nécessitant une autorisation de conduite.

La périodicité des visites en cours de carrière

Le rythme du suivi dépend du régime dont relève le salarié. Le tableau ci-dessous récapitule les échéances maximales fixées par le Code du travail, étant entendu que le médecin du travail peut toujours resserrer ces intervalles au vu de l’état de santé, de l’âge ou des conditions de travail du salarié.

VisiteQui est concernéÉchéance
Visite d’information et de prévention (VIP)Tout salarié en suivi de droit communDans les 3 mois suivant la prise de poste
Examen médical d’aptitudeSalarié en suivi individuel renforcéAvant l’affectation au poste
Visite périodique (suivi simple)Salarié en suivi de droit communAu maximum tous les 5 ans
Visite périodique (suivi renforcé)Salarié sur poste à risqueAu maximum tous les 4 ans, avec une visite intermédiaire à mi-parcours
Visite de mi-carrièreTout salariéEn principe l’année du 45e anniversaire, sauf accord de branche fixant un autre âge
Périodicités maximales prévues par le Code du travail. Le médecin du travail peut prévoir un suivi plus rapproché.

La visite de mi-carrière est l’une des nouveautés de la loi de 2021. Elle vise à faire le point sur l’adéquation entre le poste et l’état de santé, à évaluer les risques de désinsertion professionnelle et à sensibiliser le salarié aux enjeux du vieillissement au travail.

Visite de reprise et visite de préreprise après un arrêt

Un arrêt de travail un peu long ne se solde pas par un simple retour au bureau. La visite de reprise est obligatoire, et son organisation incombe à l’employeur. Selon service-public.fr, elle s’impose après un congé de maternité, après une absence pour maladie professionnelle quelle qu’en soit la durée, après un arrêt d’au moins 30 jours consécutif à un accident du travail, et après un arrêt d’au moins 60 jours pour maladie ou accident non professionnels. Elle doit être organisée dans les 8 jours calendaires suivant la reprise effective du travail.

En amont, la visite de préreprise peut être sollicitée dès lors que l’arrêt dépasse 30 jours. Elle peut être demandée par le salarié lui-même, par son médecin traitant, par le médecin-conseil de l’Assurance maladie ou par le médecin du travail. Son intérêt est considérable : elle permet d’anticiper un aménagement de poste, un reclassement ou une action de formation avant même la fin de l’arrêt. Elle n’ouvre pas la porte à un licenciement et ne se substitue pas à la visite de reprise. Cette période est souvent celle où les questions financières se posent avec acuité ; il est alors utile de savoir comment sont calculées les indemnités journalières versées par la CPAM.

Aptitude, inaptitude et aménagements de poste

À l’issue d’une visite, le médecin du travail peut formuler des propositions d’aménagement, d’adaptation ou de transformation du poste. L’employeur est tenu de les prendre en compte et, s’il les refuse, il doit motiver son refus par écrit. Le médecin peut aussi déclarer le salarié inapte à son poste, à condition d’avoir réalisé au moins un examen médical, une étude de poste et un échange avec l’employeur. L’avis d’inaptitude ouvre alors une obligation de recherche de reclassement, sauf mention expresse du médecin dispensant l’employeur de cette recherche.

Salarié comme employeur peuvent contester un avis, une proposition ou une mesure émanant du médecin du travail devant le conseil de prud’hommes, en formation de référé, dans un délai de 15 jours à compter de la notification.

Souffrance au travail : le médecin du travail est un point d’entrée

Épuisement professionnel, conflit durable, situation de harcèlement supposée : le médecin du travail est tenu au secret médical et constitue un interlocuteur privilégié. Il ne se substitue pas à un avocat et ne rend pas de décision juridique, mais il peut alerter l’employeur, proposer des mesures individuelles et signaler un risque collectif. D’autres relais existent en parallèle : les membres du comité social et économique et l’inspection du travail. Face à une situation qui se dégrade, il est préférable de saisir rapidement ces interlocuteurs plutôt que d’attendre.

Ce que l’employeur doit retenir

  • L’adhésion à un service de prévention et de santé au travail est obligatoire, et le coût des visites est intégralement supporté par l’employeur.
  • Le temps passé en visite est du temps de travail effectif, rémunéré comme tel, et les frais de transport sont pris en charge.
  • Ne pas organiser une visite obligatoire expose à des sanctions et peut caractériser un manquement à l’obligation de sécurité, source de dommages et intérêts.
  • Un salarié qui refuse sans motif légitime de se rendre à une visite obligatoire s’expose à une sanction disciplinaire.
  • Certaines dispositions du suivi peuvent être précisées par accord de branche : il faut vérifier la convention collective applicable, comme pour la complémentaire santé collective.

En cas de doute sur la nature du suivi applicable à un poste, le service de prévention et de santé au travail dont dépend l’entreprise reste la première source à interroger, avant l’inspection du travail. Les textes évoluent régulièrement : les décrets d’application de la loi du 2 août 2021 ont déjà modifié plusieurs seuils, notamment celui de la visite de préreprise.

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