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Demander une rupture de période d’essai

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rupture periode d essai

La période d’essai est une parenthèse à part dans la vie du contrat de travail. Pendant sa durée, employeur comme salarié peuvent mettre fin à la relation sans motif, sans procédure lourde et sans indemnité. Cette liberté n’est toutefois pas absolue : la rupture de la période d’essai obéit à un délai de prévenance dont la durée dépend du temps de présence dans l’entreprise, et elle ne doit jamais dissimuler un motif discriminatoire ou disciplinaire. Voici comment procéder, dans un sens comme dans l’autre, sans commettre d’impair.

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La rupture de la période d’essai est libre, mais elle suppose de respecter un délai de prévenance.

À quoi sert la période d’essai et combien de temps dure-t-elle

La période d’essai permet à l’employeur d’évaluer les compétences du salarié dans son travail, et au salarié d’apprécier si les fonctions occupées lui conviennent. Elle ne se présume pas : elle doit être expressément prévue par le contrat de travail ou la lettre d’engagement, faute de quoi elle est réputée inexistante.

Pour un contrat à durée indéterminée, le Code du travail fixe des durées maximales initiales de 2 mois pour les ouvriers et employés, 3 mois pour les agents de maîtrise et techniciens, et 4 mois pour les cadres. Ces durées peuvent être renouvelées une fois si un accord de branche étendu le prévoit et si le contrat de travail en fait mention, le renouvellement supposant l’accord exprès du salarié pendant la période initiale. Pour un contrat à durée déterminée, la règle est différente : l’essai est calculé à raison d’un jour par semaine de contrat, dans la limite de deux semaines lorsque la durée initiale du CDD est au plus de six mois, et d’un mois au-delà.

Les délais de prévenance en cas de rupture de la période d’essai

Rompre l’essai ne dispense pas de prévenir. Le Code du travail impose un délai de prévenance, dont la durée diffère selon que l’initiative vient de l’employeur (article L1221-25) ou du salarié (article L1221-26). Le décompte se fait à partir du temps de présence effectif dans l’entreprise.

Temps de présence du salariéRupture à l’initiative de l’employeur (L1221-25)Rupture à l’initiative du salarié (L1221-26)
Moins de 8 jours24 heures24 heures
Entre 8 jours et 1 mois48 heures48 heures
Après 1 mois de présence2 semaines48 heures
Après 3 mois de présence1 mois48 heures
Délais de prévenance légaux. Un accord collectif ou le contrat de travail peut prévoir des délais plus favorables au salarié.

Deux précisions comptent en pratique. D’abord, le délai de prévenance ne peut pas avoir pour effet de prolonger la période d’essai au-delà de sa durée maximale : si l’employeur notifie tardivement, l’essai s’achève à son terme et le contrat se poursuit, mais l’employeur doit verser une indemnité compensatrice correspondant au délai de prévenance non exécuté. Ensuite, le délai court à compter de la notification de la rupture, et non de la fin de l’essai. Ce mécanisme piège régulièrement les employeurs qui attendent le dernier jour pour se décider.

Comment notifier la rupture

Aucun formalisme n’est imposé par la loi, mais la prudence commande l’écrit. Une lettre remise en main propre contre décharge ou une lettre recommandée avec accusé de réception permet de dater la notification avec certitude, ce qui est déterminant pour calculer le délai de prévenance et vérifier que l’on est bien encore dans les bornes de l’essai.

  • Vérifier que la période d’essai figure bien au contrat et qu’elle n’est pas déjà expirée à la date de notification.
  • Contrôler la convention collective : elle peut réduire les durées d’essai ou allonger les délais de prévenance au profit du salarié.
  • Notifier par écrit, dater précisément, conserver une preuve de réception.
  • Ne pas motiver la lettre lorsque la rupture est liée à l’appréciation des compétences : mentionner un motif disciplinaire imposerait une procédure disciplinaire complète.
  • Remettre les documents de fin de contrat : certificat de travail, attestation destinée à France Travail et solde de tout compte.

Le salarié dont l’essai est rompu perçoit son salaire jusqu’au dernier jour travaillé, une indemnité compensatrice de congés payés et, le cas échéant, le paiement des heures effectuées au-delà de la durée légale. Il n’existe en revanche aucune indemnité de rupture, l’essai n’étant ni un licenciement ni une démission.

Les limites : abus, discrimination et protections particulières

La liberté de rompre l’essai n’autorise pas tout. La rupture doit être liée à l’appréciation des qualités professionnelles du salarié. Elle devient abusive lorsqu’elle repose sur un motif étranger à cette évaluation : rupture pour un motif économique, rupture intervenue avant même que le salarié ait pu être évalué, ou encore rupture fondée sur un motif discriminatoire — état de santé, grossesse, âge, origine, activité syndicale, orientation sexuelle. Dans ces hypothèses, le conseil de prud’hommes peut condamner l’employeur à des dommages et intérêts, voire prononcer la nullité de la rupture s’il s’agit d’une discrimination.

Certaines protections statutaires s’appliquent pendant l’essai : la rupture de l’essai d’un salarié protégé, comme un membre du comité social et économique, suppose l’autorisation de l’inspection du travail. La salariée en état de grossesse bénéficie également des protections attachées à son état. Un salarié qui estime que sa rupture masque une situation de harcèlement ou une souffrance liée aux conditions de travail peut saisir le médecin du travail, les élus du CSE ou l’inspection du travail : ce sont les interlocuteurs compétents pour objectiver la situation, en amont d’une éventuelle action prud’homale.

Rupture d’essai et allocation chômage

Question systématique côté salarié : a-t-on droit au chômage après une rupture d’essai ? Tout dépend de l’auteur de la rupture et de la durée d’affiliation. Si la rupture émane de l’employeur, elle est assimilée à une perte involontaire d’emploi et ouvre droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi, sous réserve de justifier de la durée d’affiliation minimale exigée par France Travail. Si elle émane du salarié, elle s’apparente à un départ volontaire, sauf cas de démission légitime : la réglementation d’assurance chômage prévoit notamment un traitement particulier lorsque le salarié rompt lui-même une période d’essai dans un délai court après avoir quitté un précédent emploi.

Ces règles relevant de la convention d’assurance chômage, régulièrement renégociée, la vérification auprès de France Travail s’impose avant toute décision. La logique est d’ailleurs très différente de celle qui gouverne l’indemnisation après une rupture conventionnelle, laquelle suppose une convention homologuée et déclenche ses propres différés d’indemnisation.

Dernier réflexe utile avant de quitter l’entreprise : contrôler le solde de tout compte. Congés payés, primes au prorata et, le cas échéant, heures supplémentaires majorées doivent y figurer. Une réclamation formulée rapidement, par écrit, se règle presque toujours plus vite qu’un contentieux.

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