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Faire valoir son droit à la déconnexion

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droit a la deconnexion

Un message professionnel reçu à 22 h 30, une réunion visio calée un vendredi soir, une boîte mail qui déborde pendant les congés : la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle s’est brouillée à mesure que les outils numériques se sont invités partout. Le droit à la déconnexion a précisément été conçu pour rétablir cette frontière. Introduit dans le code du travail par la loi n° 2016-1088 du 8 août 2016, dite loi Travail, il n’interdit pas les outils numériques : il oblige l’entreprise à en réguler l’usage pour garantir le respect des temps de repos, des congés et de la vie personnelle et familiale.

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Le droit à la déconnexion vise à protéger les temps de repos face à l’usage permanent des outils numériques.

Ce que dit réellement le code du travail

Le droit à la déconnexion figure au 7° de l’article L. 2242-17 du code du travail, au sein de la négociation obligatoire sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et la qualité de vie et des conditions de travail. Le texte impose de négocier « les modalités du plein exercice par le salarié de son droit à la déconnexion et la mise en place par l’entreprise de dispositifs de régulation de l’utilisation des outils numériques, en vue d’assurer le respect des temps de repos et de congé ainsi que de la vie personnelle et familiale ».

Deux précisions s’imposent. D’abord, cette obligation de négocier concerne les entreprises où sont constituées une ou plusieurs sections syndicales d’organisations représentatives, c’est-à-dire, en pratique, les entreprises d’au moins 50 salariés dotées d’un délégué syndical. Ensuite, à défaut d’accord, l’employeur ne peut pas en rester là : il doit élaborer une charte, après avis du comité social et économique. Cette charte définit les modalités d’exercice du droit à la déconnexion et prévoit des actions de formation et de sensibilisation à un usage raisonnable des outils numériques, destinées aux salariés comme au personnel d’encadrement et de direction.

Le législateur n’a fixé ni horaire de coupure, ni délai de réponse, ni sanction spécifique. C’est donc l’accord collectif ou la charte qui donne au droit à la déconnexion son contenu concret dans chaque entreprise. Dans les structures de moins de 50 salariés, rien n’oblige formellement à négocier, mais l’employeur reste tenu par son obligation de sécurité et par le respect des durées maximales de travail et des repos.

Un droit adossé aux temps de repos

Le droit à la déconnexion n’est pas un principe isolé : il prend appui sur des règles de durée du travail qui, elles, sont chiffrées et impératives. Le repos quotidien minimal est de 11 heures consécutives (article L. 3131-1) et le repos hebdomadaire de 24 heures consécutives auxquelles s’ajoute le repos quotidien, soit 35 heures consécutives (article L. 3132-2). Un salarié sollicité tard le soir puis attendu tôt le lendemain matin peut voir ces seuils franchis, ce qui constitue en soi un manquement de l’employeur.

RègleRéférencePortée
Négociation sur la déconnexionArt. L. 2242-17, 7° du code du travailEntreprises soumises à la négociation obligatoire ; à défaut d’accord, charte après avis du CSE
Repos quotidienArt. L. 3131-111 heures consécutives minimum
Repos hebdomadaireArt. L. 3132-224 heures consécutives + repos quotidien
Entretien annuel du salarié au forfait en joursArt. L. 3121-65Charge de travail, articulation vie professionnelle / vie personnelle
Obligation de sécurité de l’employeurArt. L. 4121-1Prévention des risques, y compris les risques psychosociaux

Les salariés en forfait annuel en jours, souvent les plus exposés à l’hyperconnexion, bénéficient d’une protection supplémentaire : l’entretien annuel prévu à l’article L. 3121-65 doit aborder leur charge de travail et l’articulation entre activité professionnelle et vie personnelle. C’est l’un des rares moments où la question de la connexion permanente doit être posée formellement, aux côtés des sujets abordés lors de l’entretien annuel d’évaluation.

Comment faire valoir son droit à la déconnexion concrètement

La première démarche consiste à savoir ce que prévoit l’entreprise. Accord de qualité de vie et des conditions de travail, charte informatique, accord de télétravail : ces documents sont consultables auprès des ressources humaines ou des représentants du personnel, et les accords d’entreprise sont pour la plupart publiés sur la base de données nationale Légifrance. S’ils prévoient une plage de déconnexion, un principe de non-obligation de répondre le soir ou un paramétrage des messageries, ces règles s’imposent à l’encadrement.

  • Vérifier l’existence d’un accord ou d’une charte et en demander une copie.
  • Documenter les sollicitations hors temps de travail (horodatage des courriels, messages, appels).
  • Aborder la question par écrit avec son manager, puis avec les ressources humaines.
  • Saisir le CSE, qui peut porter le sujet et déclencher une enquête en cas d’atteinte à la santé.
  • Solliciter le médecin du travail, notamment en cas de troubles du sommeil ou d’épuisement.
  • Contacter l’inspection du travail ou les services de renseignement en droit du travail de la DREETS.

Un point mérite d’être souligné : un salarié ne peut pas être sanctionné pour ne pas avoir répondu à une sollicitation professionnelle pendant ses temps de repos, ses congés ou une période d’absence, sauf s’il est placé en astreinte — auquel cas les règles propres à l’astreinte s’appliquent, avec les contreparties correspondantes. Une sanction fondée sur ce seul motif serait contestable devant le conseil de prud’hommes.

Côté employeur : une question de prévention des risques

L’article L. 4121-1 du code du travail oblige l’employeur à prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. L’hyperconnexion relève des risques psychosociaux et a donc vocation à figurer dans le document unique d’évaluation des risques professionnels. L’INRS et l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail publient des ressources gratuites pour construire une démarche adaptée à la taille de l’entreprise.

Les mesures les plus efficaces sont rarement spectaculaires : paramétrage d’un envoi différé des courriels, absence de sollicitation pendant les périodes de fermeture ou de suspension du contrat — y compris lors d’un placement en activité partielle, où le salarié n’est plus à la disposition de l’employeur —, exemplarité de l’encadrement, sensibilisation régulière des équipes. Le respect du droit à la déconnexion se juge moins à la qualité de la charte qu’aux pratiques quotidiennes qu’elle parvient réellement à modifier.

Enfin, lorsque la connexion permanente s’accompagne de pressions répétées, de propos dégradants ou d’une dégradation manifeste des conditions de travail, le sujet dépasse la seule déconnexion et peut relever du harcèlement moral, défini à l’article L. 1152-1 du code du travail. Ces situations doivent être prises au sérieux et signalées aux interlocuteurs compétents : référent harcèlement du CSE, référent désigné par l’employeur, médecin du travail, inspection du travail ou Défenseur des droits. Aucune analyse générale ne remplace, dans ce cas, un accompagnement adapté à la situation individuelle.

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