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Créer une SASU en 2026 : démarches, coûts et différences avec l’EURL

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Entrepreneur signant les statuts pour créer une SASU dans son bureau

Beaucoup d’indépendants arrivent à la SASU par le même chemin : une micro-entreprise qui plafonne, des charges qu’on ne peut pas déduire, un client qui demande une facture avec TVA. Reste à savoir ce que représente vraiment le fait de créer une SASU en 2026, au-delà du prix affiché par les plateformes juridiques. La réponse tient en trois blocs : quelques centaines d’euros de formalités, un régime social nettement plus protecteur mais plus cher que celui de l’EURL, et une fiscalité qui a bougé au 1er janvier 2026 avec la hausse de la flat tax.

Voici le déroulé complet de la création d’une SASU, les montants à jour, et le point de comparaison qui décide vraiment entre SASU et EURL : le mode de rémunération que vous comptez adopter.

En bref

Créer une SASU coûte environ 230 € de frais obligatoires en 2026 (annonce légale 142 € HT, greffe 37,45 €, bénéficiaires effectifs 21,41 €) et prend de quelques jours à trois semaines via le guichet unique de l’INPI. Le capital minimum est de 1 €. Le président est assimilé salarié : environ 75 à 80 % de cotisations sur le net, contre 40 à 45 % pour un gérant d’EURL. En contrepartie, les dividendes de SASU échappent totalement aux cotisations sociales, mais supportent désormais une flat tax de 31,4 %.

SASU : ce que vous créez exactement

La SASU est une société par actions simplifiée qui ne compte qu’un seul associé. Juridiquement, c’est une personne morale distincte de vous : elle a son patrimoine, ses comptes bancaires, ses dettes. Votre responsabilité est limitée à vos apports, ce qui est la différence de fond avec l’entreprise individuelle et la micro-entreprise.

L’autre spécificité, souvent sous-estimée, tient aux statuts. En SAS et en SASU, la loi encadre très peu le fonctionnement interne : ce sont les statuts qui fixent les règles de décision, les conditions d’entrée d’un futur associé, les clauses d’agrément. C’est une liberté précieuse si vous prévoyez de faire entrer un investisseur, et un piège si vous recopiez un modèle générique sans le lire. Le point qu’on oublie souvent : une SASU accueille sans formalité lourde un second associé, elle devient simplement une SAS, alors qu’une EURL doit passer en SARL avec une modification statutaire complète.

Les six étapes pour créer une SASU en 2026

1. Rédiger les statuts

Les statuts contiennent la dénomination sociale, l’objet, le siège, la durée (99 ans en pratique), le montant du capital, l’identité du président et les règles de décision de l’associé unique. Rédigez l’objet social large : « toutes prestations de conseil » plutôt que le détail de votre mission du moment, sinon chaque évolution d’activité imposera une modification statutaire payante.

2. Déposer le capital social

Le capital minimum légal est de 1 €, mais un capital ridicule se voit sur l’extrait Kbis et pèse dans une négociation bancaire ou un référencement grand compte. Les apports en numéraire doivent être libérés d’au moins la moitié à la constitution, le solde dans les cinq ans. Les fonds sont déposés sur un compte bloqué, chez une banque ou un notaire, qui délivre une attestation de dépôt des fonds. Ils sont débloqués sur présentation du Kbis.

3. Justifier le siège social

Domiciliation chez vous, dans une société de domiciliation ou dans un local commercial : il faut une preuve (facture d’énergie de moins de trois mois, contrat de domiciliation, bail). Si vous domiciliez chez vous, vérifiez le bail ou le règlement de copropriété avant de signer quoi que ce soit.

4. Publier l’annonce légale

La publication dans un support habilité est obligatoire. Pour une création de SASU, le tarif est forfaitaire et fixé par arrêté ministériel : 142 € HT en France métropolitaine en 2026, 167 € HT à La Réunion et à Mayotte. Le forfait couvre l’ensemble des mentions obligatoires, inutile donc de chercher à raccourcir le texte pour payer moins. Vous recevez une attestation de parution à joindre au dossier.

5. Déposer le dossier sur le guichet unique

Toutes les formalités de création passent par le guichet unique des formalités d’entreprises géré par l’INPI, sur formalites.entreprises.gouv.fr. Il faut y téléverser les statuts signés, l’attestation de dépôt des fonds, le justificatif de siège, la pièce d’identité du président, sa déclaration de non-condamnation et de filiation, l’attestation de parution de l’annonce légale, puis renseigner la déclaration des bénéficiaires effectifs.

C’est l’étape où les dossiers coincent le plus souvent, en général pour une pièce illisible ou une incohérence entre les statuts et le formulaire. Le tutoriel officiel de l’INPI montre le parcours écran par écran, ce qui évite de découvrir un champ bloquant à mi-parcours.

6. Récupérer le Kbis et ouvrir le compte définitif

Comptez de quelques jours à trois semaines entre le dépôt et l’immatriculation, selon la qualité du dossier et la charge du greffe. Une fois le Kbis obtenu, vous débloquez le capital, ouvrez le compte courant professionnel et pouvez facturer.

Combien coûte réellement la création d’une SASU

Les frais incompressibles sont limités. Ce qui fait varier la facture, c’est l’accompagnement : rédiger seul ses statuts ou les confier à un avocat change le budget d’un facteur cinq à dix.

PosteMontant 2026Obligatoire
Annonce légale de constitution142 € HT (métropole), soit environ 170 € TTCOui
Immatriculation au RCS (greffe)37,45 € TTCOui
Déclaration des bénéficiaires effectifs21,41 € TTCOui
Capital social1 € minimumOui
Rédaction des statuts par un professionnel150 € à 1 500 € selon la formuleNon
Contrat de domiciliation15 € à 50 € par moisNon

En pratique, créer une SASU seul revient à environ 230 € de formalités obligatoires. Avec une plateforme juridique, la note monte généralement entre 400 et 700 € tout compris, et au-delà de 1 000 € avec un avocat pour des statuts sur mesure. Ce dernier budget se justifie surtout en cas d’associé à venir, de pacte d’actionnaires ou d’apport en nature.

Les cotisations du président : le vrai coût du statut

Le président de SASU est assimilé salarié et relève du régime général de la Sécurité sociale. Il a une fiche de paie, cotise à la retraite du régime général et à la retraite complémentaire, et bénéficie d’une couverture proche de celle d’un cadre. Une exception majeure : il ne cotise pas à l’assurance chômage et n’ouvre donc aucun droit auprès de France Travail au titre de son mandat.

Le prix de cette protection est élevé. Cotisations patronales et salariales cumulées, il faut compter de l’ordre de 75 à 80 % du salaire net. Un gérant d’EURL relevant du régime des travailleurs non salariés paie plutôt 40 à 45 % de son revenu net, avec en contrepartie une couverture moins complète en retraite et en prévoyance. Depuis la réforme de l’assiette des cotisations des indépendants, un abattement forfaitaire de 26 % s’applique au calcul de leurs cotisations, et la régularisation Urssaf d’avril 2026 est la première à en tenir pleinement compte.

Le point décisif, souvent absent des comparatifs : si vous ne vous versez rien, la SASU ne génère aucune cotisation, alors qu’une EURL reste redevable de cotisations minimales de l’ordre de 1 200 € par an. Pour une activité en démarrage ou une société de gestion patrimoniale, l’écart est structurant.

SASU ou EURL : le comparatif qui tranche

CritèreSASUEURL
Statut du dirigeantPrésident assimilé salariéGérant travailleur non salarié
Cotisations sur la rémunérationEnviron 75 à 80 % du netEnviron 40 à 45 % du net
Cotisations sans rémunérationAucuneCotisations minimales (environ 1 200 €/an)
Dividendes et cotisations socialesJamais soumis aux cotisationsFraction supérieure à 10 % du capital soumise aux cotisations TNS
Imposition par défautImpôt sur les sociétésImpôt sur le revenu, option IS possible
Arrivée d’un associéDevient une SAS, souplesse statutaireDevient une SARL, cadre légal rigide
Frais de créationEnviron 230 € (annonce légale 142 € HT)Légèrement inférieurs (annonce légale moins chère)

La règle de décision est simple. Si vous comptez vous rémunérer principalement en salaire, l’EURL est mécaniquement moins coûteuse en cotisations. Si vous privilégiez les dividendes, ou si vous alternez des années sans rémunération, la SASU reprend l’avantage puisque ses distributions ne supportent aucune cotisation sociale, quel que soit leur montant.

Rémunération ou dividendes : ce qui change en 2026

La SASU est soumise de plein droit à l’impôt sur les sociétés. Le taux réduit de 15 % s’applique aux 42 500 premiers euros de bénéfice, à condition que le chiffre d’affaires n’excède pas 10 millions d’euros, que le capital soit entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques. Au-delà, le taux normal est de 25 %.

La nouveauté de l’année concerne la distribution. La flat tax, ou prélèvement forfaitaire unique, est passée de 30 % à 31,4 % pour les dividendes versés à compter de 2026, sous l’effet de la hausse de la CSG votée en loi de financement de la Sécurité sociale : 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. L’option pour le barème progressif reste ouverte et redevient intéressante pour les foyers faiblement imposés.

Voici comment vérifier votre arbitrage sans tableur compliqué : un euro distribué supporte d’abord l’IS, puis la flat tax. Sur un bénéfice taxé à 15 %, la ponction cumulée avoisine 41 % avant d’arriver sur votre compte personnel. Une rémunération, elle, est déductible du résultat mais déclenche les cotisations et ouvre des droits. La bonne réponse est presque toujours un mélange des deux, calibré chaque année à la clôture.

ACRE : l’aide s’est nettement resserrée

C’est le changement le plus mal connu de ceux qui veulent créer une SASU cette année. Depuis le 1er janvier 2026, l’aide à la création ou à la reprise d’entreprise n’est plus automatique et n’est plus ouverte à tous : elle est réservée aux publics prioritaires (demandeurs d’emploi, jeunes, bénéficiaires du RSA ou de l’ASS, créateurs installés en quartier prioritaire notamment) et suppose une demande auprès de l’Urssaf.

Son montant a également fondu : l’exonération, autrefois totale, est plafonnée à 25 % des cotisations lorsque l’assiette ne dépasse pas 75 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 36 045 € en 2026, puis dégressive jusqu’à 100 % du plafond (48 060 €). L’exonération dure douze mois. Si votre plan de trésorerie de première année reposait sur une année quasi blanche de cotisations, il faut le refaire.

Ce qui vous attend une fois la SASU immatriculée

  • Comptabilité d’engagement obligatoire, avec comptes annuels complets : bilan, compte de résultat et annexe.
  • Approbation des comptes par l’associé unique dans les six mois suivant la clôture, puis dépôt au greffe dans le mois qui suit (deux mois en cas de dépôt électronique). Le défaut de dépôt est sanctionné par une amende de 1 500 €, portée à 3 000 € en cas de récidive.
  • TVA : une SASU peut bénéficier de la franchise en base, dont les seuils restent inchangés en 2026, soit 37 500 € pour les prestations de services et 85 000 € pour la vente de marchandises.
  • Commissaire aux comptes : nomination obligatoire seulement au-delà de deux des trois seuils suivants, 5 M€ de total de bilan, 10 M€ de chiffre d’affaires hors taxes et 50 salariés. Autant dire que la quasi-totalité des SASU y échappe.
  • Fiches de paie et déclarations sociales dès le premier euro de rémunération du président, ce qui suppose un logiciel ou un expert-comptable.

Les erreurs qui coûtent le plus cher

La première est de croire qu’on « transforme » sa micro-entreprise en société. Ce n’est pas une transformation : vous créez une personne morale nouvelle, puis vous cessez l’activité individuelle, avec un transfert de clientèle ou de matériel à organiser proprement. Anticipez le chevauchement des deux régimes sur quelques semaines.

La deuxième consiste à mélanger les comptes. En société, chaque dépense personnelle payée par la SASU se retrouve en compte courant d’associé ou, pire, en avantage en nature non déclaré. La troisième est de sous-estimer le coût récurrent : entre l’expert-comptable, la banque professionnelle et la domiciliation, une SASU qui tourne coûte couramment 1 000 à 2 500 € par an à entretenir, ce qui doit entrer dans le calcul avant de se lancer.

Enfin, ne signez pas des statuts que vous n’avez pas lus. La clause de nomination du président, les modalités de sa révocation et les règles de cession d’actions sont les trois articles à relire deux fois : ce sont eux qui poseront problème le jour où la société prendra de la valeur.

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